Aucun portrait ni aucune scène narrative ne retiennent ici l'attention. Au centre se trouve un emblème souverain composé d’écriture, d’ornementation et de pouvoir politique. La tughra mentionne le sultan Soliman le Magnifique, ainsi que le nom de son père Selim Ier et la formule royale « le toujours victorieux ». Une tughra sert à la fois de signature, de sceau et d’emblème d’État. Ses lignes doivent donc être lisibles et impressionnantes. Ces deux objectifs sont atteints avec une sérénité étonnante. Des traits bleu cobalt forment des boucles, des arcs et trois tiges ascendantes, entre lesquelles se trouvent des champs dorés ornés de vrilles et de petites fleurs. Le rouge et le bleu n’apparaissent que par touches ponctuelles, tandis que le fond beige laisse beaucoup d’espace libre : rien ne semble entassé. L’artiste inconnu subordonne chaque ornement à la calligraphie. Réalisée entre 1555 et 1560 à Istanbul, cette œuvre appartient à l’art de la cour ottomane et est aujourd’hui exposée au Metropolitan Museum of Art de New York. C’est précisément le choix de ne pas représenter le souverain qui me convainc : le rang de Soliman transparaît uniquement dans le mouvement maîtrisé de la calligraphie.
Dans cette réalisation, c’est l’harmonie des couleurs qui fait toute la différence. Sur la toile Leonardo à la surface satinée, le bleu et l’or se côtoient avec netteté, et cette séparation reste particulièrement nette dans les étroites bandes de la tughra. Lychorida utilise un noir profond pour le contour extérieur, ce qui fait ressortir encore davantage le bleu de cobalt dans l’image, sans pour autant l’assombrir. Entre les deux, la zone creuse de couleur marron clair fait le lien avec la teinte beige patinée du fond et évite une rupture trop brutale. Une étroite bande dorée longe directement le bord de l’image ; à côté des surfaces dorées intérieures, elle semble familière, mais ne rivalise pas avec elles, car son tracé est trop fin pour cela. Je m’attarde sur le coin inférieur droit, car c’est là que la succession des couleurs se lit le mieux : d’abord le champ beige de l’image, puis l’or, ensuite le marron, enfin le noir. Avec ses 56 sur 48 centimètres, ce dégradé reste compact. Sans passe-partout, tout espace intermédiaire neutre fait défaut ; l’image et le cadre se rejoignent directement - ce qui convient ici, car la tughra elle-même se compose de surfaces colorées clairement délimitées. Le long lettrage bleu s’étendant vers la droite trouve lui aussi une conclusion nette grâce à la bordure extérieure noire.